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Marathon de Toulouse 2008

Chronique d’un échec (pas vraiment) annoncé …..

 

 

Il en est des marathons comme des accouchements, après de longs mois de préparation, certains s’accomplissent dans la douleur (« tu le vois celui là, c’est le dernier…. » ….sic ma femme après l’accouchement de notre fils), d’autres passent comme une lettre à la poste et il nous tarde qu’une chose c’est de recommencer tant les mois qui le précédent se sont bien déroulés.

 

 

Je ne l’ai pas vu arrivé, le mur ; il était là embusqué au 33e km, tel un sniper ….. deux balles, une à chaque jambe, et un premier kilo en dehors de la plage horaire, 4’20 au km.

 

Tout avait si bien commencé à Mois – 3, bien décidé à battre mon record de l’année 2007 (2h59’50), mon nouveau record de la saison 2 sur marathon en V1, après une coupure de 10 ans avec la distance mythique et un record en 2h41 en 1996 (saison 1).

 

J’ai toujours hésité à savoir si le marathon était une science exacte, un axiome ou un théorème, aujourd’hui je suis persuadé qu’il n’est ni l’un, ni l’autre ……. Le marathon est tout sauf mathématique (surtout pas 2 x 21). Il est physiologique, philosophique mais sûrement pas arithmétique.

J’ai eu beau me rassurer avant le départ à faire des analyses sur ma prépa 2007 et 2008 :

 

2007 : 500km les deux derniers mois, 250km par mois, 56km par semaine à 12,2km/h de moyenne.

3h47 par semaine, 1h18 par séance, 31 sorties dont 5 compétitions.

 

2008 : 600km les deux derniers mois, 300km par mois, 66 par semaine à 12,8km/h de moyenne.

4h52 par semaine, 1h13 par séance, 38 sorties dont 2 compétitions seulement.

 

De façon globale, j’étais mieux préparé, cela ne se discutait pas, l’objectif restait le même, tous les kilos en 4’12/4’15 pour un final en dessous des 3 heures.

La seule différence avec les autres années, le manque de compétitions à des régimes supérieurs, le manque de courses tout simplement.

Dans ce département sinistré pour la course à pied qu’est le Tarn et Garonne, les courses sont devenues ennuyantes quand elles ne sont pas annulées. Payer 10 euros pour un tee-shirt merdique (pourquoi appeler un chat un chien) et une bouteille de piquette dont s’est débarrassé le cave du coin (il faut bien écouler les excédents), pour se retrouver au départ d’une course de 50 pèlerins (tu parles d’un pèlerinage) sur des distances de plus en plus courtes pour attirer le maximum de chalands …….ô coureur …. Qui donc t’a poussé à courir si les distances t’effraient………..

La course à pied est devenu un commerce, je ne parlerai pas de ces courses à label, ces grands marathons, où les petits paient les parachutes dorés à des kenyans qui finiront pour la plupart dans la misère, oubliés et alcooliques, abandonnées à la première blessure par leurs managers philanthropes, qui n’auront pas oublié de leur bouffer le pourcentage sur leurs (d)os.

La source est intarissable, le continent Africain est une réserve inépuisable de richesses que l’on exploite sans les aider autrement qu’en leur mettant des armes entre les mains afin de réguler la pression dans la cocotte minute et que des Dassault père et fils puissent aussi tout comme nos producteurs de pinard écouler leurs excédents

10 euros pour un 6km ou un 10 km, 1 euro le kilomètre, pour un tee-shirt Intermarché,Point P, Crédit Agricole, Mutuelle du Mans, Canigou et Ron-ron ……. Il est où le nom de la course ??? …. Mais on a rien demandé à personne, on veut juste courir pour certains, se mesurer les uns aux autres, savoir si l’on a progressé, se confronter au chrono ………….

Tout le monde n’a pas la chance financière de ne faire que des grandes courses internationales, mais 10 euros un 10 km, autant se priver toute l’année et n’en faire qu’une, tous les ans ou tous les trois ans, qui serait chaque fois la plus belle, la seule ………

 

Bon j’arrête de m’énerver, globalement donc, disais je, je me sentais mieux armé. Des semaines à 40/60km le 1er mois et de 60/90km le 2eme mois. Mardi, mercredi, jeudi, un volume de 40 km avec VMA courte à 16km/h, des 3 x 3km légèrement supérieur à l’allure marathon. Un 10km en 39mn à J – 50, un semi en 1h28 (4’10/km) à J-35 qui aurait du me mettre la puce à l’oreille car j’avais pioché un peu vers la fin, mais bon il restait encore 5 semaines. Le dernier mois, Samedi : 22km dont 2 x 6 km allure marathon (4’10/4’15) et le Dimanche : 22km allure libre, à la sensation (4’42 ….. un peu trop rapide peut être …..). Ces deux séances avec ravito tous les 6km avec boisson Maxim (nouilles liquides).

 

Le jour J, derniers préparatifs, avec mon pote Pascal (un cador, 2h39 à Paris en 2005) on plaisante en chantant du Bénabar : « j’veux pas y aller marathoner, ils nous en voudront pas, allez on y va pas …… on s’en fout on y va pas, on a qu’a se cacher sous les draps …… », nos femmes et les enfants sont avec nous, il fait beau ce 26 octobre. C’est ma plus grande course en 30 ans et depuis la course du viaduc de Millau en 2007(10.000 participants je crois), ma plus grande course à 50 km de chez moi, tu parles d’un événement …. Mais bon j’ai le sentiment de participer à quelque chose de grandiose : le grand Toulouse offert aux piétons, pas une voiture, les rois du macadam, les princes de la ville aujourd’hui c’est nous.

Ca grouille de monde dans tous les sens, même si nous ne sommes que 3000. Je n’ose imaginer ce que peut être le marathon de Paris et encore moins celui de New York. Pascal qui a déjà fait les deux s’est promit que si un jour il gagnait au Loto, il emmènerait tous ses copains de la C.A.P et on se ferait la grosse pomme tous ensemble. Moi, New York, j’en rêve, mais je ne sais pas trop comment l’appréhender : faire un chrono ou le faire en touriste avec un maximum de photos …… profiter …… profiter.

 

H – 30mn, j’allume mon GPS ….. recherche de satellites ….. on a un dossard préférentiel, Pascal a un dossard Elite pour ses 2h43 de l’an dernier, alors don’t panic …… recherche de satellites ……un petit pipi avant la route dans une rue déserte (d’une vingtaine de coureurs) qui sent déjà bon les vespasiennes ….. recherche de satellites …..

H – 15mn, nous pénétrons dans le sas, j’ai le Pulsar à 320, ce doit être les interférences sinon c’est mal barré, cliniquement je suis déjà mort ….. recherche de satellites ….. ça commence à me stresser salement cette histoire, j’ai horreur de courir en aveugle, c’est mon côté rassurant, j’ai jamais couru sans une montre et surtout pas un jour comme celui là ….. toutes mes pensées sont focalisés sur ce fichu Garmin qui ne veut pas capter …………………

H – 5mn, Pascal est parti rejoindre les 2 kenyans et ses compagnons d’élite, je suis enfin seul avec moi même comme j’aime l’être dans ces moments là, trop habitué à m’entraîner seul depuis des années ….je ne pense à rien de précis car maintenant : aléa jacta est …. Les jeux sont faits ….. rien ne va plus …. La petite boule va tourner pendant 3 heures dans la roulette et je ne sais sur qu’elle case elle s’arrêtera : PERD, passe et manque ……… IMPAIR ……….. j’ai encore du mal à faire le deuil de mes années de gloire où je courais le marathon en 2h46, 2h41, 2h47 …….. c’était il y a 10 ans……

 

A trop vivre dans la passé on ne peut avoir que des désillusions. Un jour peut être arriverais je a courir pour le simple plaisir un marathon en 3h30 ou 4h, peut importe, juste pour me dire sans me prendre la tête : putain ….tu as 50 ans, soixante ans, et tu peux courir un marathon. Regardes les gens autour de toi, certains ont 40 ans et sont déjà des loques et toi tu peux le faire, tu as encore cette petite flamme de volonté qui brille au fond des yeux qui te pousse à sortir le soir, dans le froid, la grisaille, de quitter ton petit confort douillet, la chaleur rassurante du foyer alors que tu sais impunément que pendant les 30 premières minutes tu vas dérouiller car la machine commence à se gripper, les tendons à s’enflammer, tu as toujours cette sensation de jambes lourdes au démarrage et puis après les douleurs se dissipent, lentement, et tu retrouves du plaisir, des sensations agréables ………..

 

H – O , c’est le départ, l’instant t ………….recherche de satellites ….. c’est foutu …..mon cœur bat la chamade, je sais que je vais courir en aveugle, seule chose qui me rassure, derrière moi se trouve les ballons de 3h, bouée de sauvetage a laquelle de toutes façons j’avais décidé de me raccrocher.

La procession s’anime très rapidement, je profite de cette foule amassé le long des barrières …. Qui sommes nous pour tous ces gens ???? …. Des fous, des héros, ou tout simplement des sportifs, conscients de leurs limites …….. que savent ils de nos doutes qui nous assaillent depuis 3 mois, de la peur qui nous tenaille à cet instant précis à la pensée du 30e kilomètre, tel les quarantièmes rugissants où tous nos espoirs risquent d’aller se fracasser …….. recherche de satellites ………KM1 ……..KM2 ……….. recherche de satellites …. Les ballons sont juste derrière moi, tout va bien, c’est le moment que choisit le GPS pour enfin s’allumer, juste avant le 3e KM, dans quelques secondes je déclencherai le chrono …. Comme dirait Kassovitz : jusqu’ici, tout va bien …… le plus dur c’est la chute ………..

 

4e km en 4’03, 5e en 4’07 ….. zut, environ 20’40 au 5000m soit 4’08 au lieu de 4’15, c’est trop, je me sens bien mais je ralentis ………. Surtout ne pas le payer à la fin …….. 4’11 – 4’12 – 4’09 – 4’13 – 4’17, c’est mieux, j’ai trouvé mon rythme, FC < à 155, je me suis débarrassé de mon vieux tee shirt, j’ai des frissons quand par endroit la foule plus nombreuse nous acclame. C’est la première fois en 30 ans que je vois autant de monde sur un circuit ; un peu comme à Millau sur le final …… grandiose ……

 

4’06 – 4’17 – 4’18 – 4’17 – 4’18, je suis toujours avec le groupe ballon 3h, je me ravitaille régulièrement, 2 à 3 gorgées chaque fois, uniquement de l’eau, comme en 2007. J’ai estimé les 3 premiers kilos en 4’10, soit 12’30. Mon GPS me donne 50’05 au 12e km le site officiel : 51’48 ?!?!?!

Le groupe 3 heures s’est scindé en 2 vers le 5e km. Le 1er groupe, trop rapide que j’ai laissé partir et à plus d’une minute devant nous, le 2eme groupe accumule les kilos en 4’17 et 4’18 et j’ai l’impression qu’il nous met sur un faux rythme et je sais par expérience que je ne ferai pas le négative split ….. je décide donc avec quelques uns de quitter le groupe, sans pour autant m’enflammer …………

4’12 – 4’17 – 4’14 – 4’14 – 4’14 – 4’13 : 1H.28mn22  au 21e pour mon GPS et 1H.29’27 selon la police …….. la marge de manœuvre est étroite mais tout va bien, la FC est bonne, surtout maintenir l’allure.

4’12 – 4’11 – 4’12 – 4’12 , je suis depuis un moment avec le dossard N° 2081, j’ai su plus tard qu’il s’appelait : LATCHIMY Thierry, un gars sympa qui avait un record en 3h06 et qui tentait les 3 heures.

Je le sens qui s’enflamme un peu, ça le démange, moi de le raisonner : 4’12, c’est bon, on va y arriver, l’an dernier c’est passé, y a pas de raisons …… surtout pas d’a coups …..

4’16 – 4’10 – 4’11 – 4’11 ….. le 30e en 4’20, un ravitaillement, c’est pas grave ….. nous sommes 4 ou 5 dans le groupe à présent ………..

 

a ce propos, si se reconnaissent à la lecture, les dossards :

2081 – LATCHIMY Thierry –

248 – MARTIN Antoine – 2h59’54

270 – PERVIEUX Arnaud – 3h22’18 , j’ai une super photo à leur envoyer ……….

………. Je me souviens de toi aussi Eric, Ederame sur CLM, quand tu m’as dit que les mur ici ils étaient partout et ils étaient roses, j’avais le dossard N°295 …… je me souviens aussi d’un gars qui disait que c’était précieux un coureur comme moi sur marathon, qui vous donne tous les kilos, qui rassure ….. on est bien …. Ne pas s’enflammer …. On est pas au 35e encore ….. et même après, c’est pas gagné …..

31e en 4’15 ma FC atteint les 155 ….. 32e en 4’13 ……. Il me semble que tout va bien ... en suis je vraiment sûr ….. 33e en 4’19 …… je me souviens avoir dit : « je crois que c’est le début de la fin ….. je vais vous laisser les gars » ….. personne à rien dit, surtout pas « accroches » c’était pas un 10 000 ……

 

Il était là, tel un sniper embusqué ……. Et tout s’est écroulé …. Plus de jambes ……..

5’51 ……. J’ai essayé de repartir, j’ai donné l’illusion sur un kilomètre en 4’29 d’y croire encore….

5’16 le 36e, 6’20 le 37e, 7’50 le 38e c’était la descente aux enfers, je m’attardais aux ravitaillements et j’ai préféré en rire plutôt que d’en pleurer, de l’auto dérision plutôt ….. j’ai encouragé sans amertume ceux qui me doublaient et qui souffraient tout autant, je marchais, je courais 200m, les jambes me brûlaient, j’étais carbonisé. J’ai du doubler plus de 10 fois la même fille qui courait son marathon ou peut être son relais à son allure ……….. le 39e en 6’07 …………. Que s’était il passé ? fallait il manger ? prendre des gels ? ……

le 40e en 5’46, le 41e en 6’48 ……cruelle précision du GPS qui me rappelait à chaque kilo ma perdition ….passage devant l’affiche géante du grand Claude Nougaro …….. Ô Toulouse …… comme tu me fais souffrir ….. et la foule de plus en plus nombreuse ….. j’en aurai pleuré si je n’avait pas autant sué …. Mon regard croisait les leurs, que voyaient ils vraiment d’autre que ce que je laissais paraître : de la déception, un grand désarroi …. De la rancœur pour ces 2h41 en 1996 dans un petit marathon de 1000 coureurs, à l’époque ou où Toulouse était incapable d’offrir un grand marathon ….. qu’est ce que je donnerai pour refaire 2h41 à Toulouse …………….

Et puis le 42e, toute cette foule à l’approche du Capitole, je ne pouvait pas finir en marchant, ce serait un affront, alors j’ai accéléré, oui, j’ai fini mon Marathon, normalement, comme je l’avais commencé, j’ai allongé ma foulée pour doubler une équipe du relais, les cuisses ne me brûlaient plus, et j’ai ralenti pour ne pas rattraper d’autres coureurs devant moi …… je voulais savourer la place du capitole … seul je voulais franchir cette ligne d’arrivée : seul, anonyme dans la foule mais qu’a cet instant précis les gens qui regardaient la ligne ne voyait que moi …………….

Je n’ai même pas pensé à arrêter le chrono, c’était devenu accessoire (3h13’08 au 42e à mon GPS et 3h16’03 mon temps officiel ???!!!!) ….. la plupart d’entre vous comprendront cette déception alors que d’autres diront pour 16mn, il fait la fine bouche …….que dirait un coureur en 4h s’il faisait 4h15 ….. que dirait Edhistoire ………..

Mon compagnon de route à fait 3h03’24 … est il déçu ? est il heureux d’avoir battu son record ?

Ederame à fait 3h15’51 il a rempli son contrat, comme il était avec nous au 27e je pensais qu’il ciblait 3heures, il a du partir un peu vite ………….

 

EPILOGUE : j’ai passé la médaille autour de mon cou, elle est très jolie cette année, un mélange de satisfaction d’en avoir fini et beaucoup de déception, pas vraiment de regrets ….3 longs mois de sacrifices, 16 minutes en plus … c’est cher payé ….. Pascal était déçu de ses 2h45’06 il voulait faire en dessous de 2h45 …. Heureux homme, si tu savais ……….. nous sommes allés manger dans Toulouse et nous détendre à Calicéo, nous faire masser par les jacuzzis et les jets dans une eau à 32°c, les douleurs au fil de ces deux heures se sont atténuées mais la rancœur est restée …………. Je reviendrais à Toulouse en 2009 ……….

 

Vendredi 21 Novembre 2008.

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