Les années collège (suite)

Les années collège (suite)

 

De suite j’ai aimé ce sport où contrairement aux sports dit « collectifs » (qui y a t’il de collectif à se reposer sur les autres), tout le monde participe de façon égalitaire et non pas les trois dernières minutes quand le match est vraiment gagné (ou vraiment perdu). Sur un cross de 2km tout le monde fait 2km, même le plus mauvais de l’équipe ne fait pas « banquette » toute l’après-midi (nous reparlerons plus tard du sport garderie).

Personne n’est laissé pour compte et au contraire, moins tu es bon, plus tu participes en partant du principe vieux comme le monde que «plus tu cours moins vite, plus l’effort est long »

 

La première année, autant en scolaire je me frisais les moustaches avec ceux de ma classe, au cross des 6eme je pense avoir fini honorablement ….. en club par contre, c’était autre chose.

Certes j’avais des dispositions, je n’étais que benjamin 1ere année, mais les garçons de mon age que je rencontrais avait tous le même précepte que moi : celui décrit plus haut ….

« rattraper celui de devant sans se faire doubler par celui de derrière …. » alors forcement la bataille était rude et je fis connaissance avec l’anonymat des feuilles de classement, toujours dans le premier tiers, certes, mais pas au avant poste comme j’avais l’habitude de l’être dans ma classe….. et je me souviens de mon tout premier petit cross, dans le Lot, sûrement au mois d’Octobre, où nous devions être une trentaine de benjamins 1 et 2 réunis ….. je ne sais plus combien j’ai fini, non pas que la mémoire soit sélective, mais à l’époque, à mon grand regret aujourd’hui, je ne notais rien, je me souviens avoir fini en larmes plus de déception que de douleur de n’avoir pu gagner , blessé au tendon de mon orgueil, mon tendon d’Achille…..

Je me souviens aussi que cet été là, juste avant d’entrer en 6eme, en colonie de vacances dans le cantal, j’avais fait ma toute première course à pied, j’étais dans le groupe des « petits », il y avait les « moyens » et puis les « grands », à l’arrivée je me suis retrouvé, seul « petit » au milieu des « grands », on m’avait accusé d’avoir coupé, d’avoir triché ….. je me souviens avoir pleuré mais là c’était pour une autre raison …. Mon frère qui avait 6 ans de plus que moi avait fini je le crois, j’en suis sûr, dans les 3 premiers, il avait des dispositions j’en suis sûr mais comme beaucoup à l’époque il préférait le football…..

 

Moi, je n’avais aucune idole, je ne connaissait ni Zatopek, ni Jazzy, ni Mimoun à l’époque …..

Mon idole c’était un voisin d’HLM, Bernard Rhodes, qui devait avoir 5 ou 6 ans de plus que moi, chaque année il faisait les régionaux, les inter-régionaux et parfois même les France, en Individuel, car dans ce petit club espérait une qualif par équipe était purement fantaisie, tant ce sport n’a jamais pu (jamais su) fédérer autant de monde que pouvait le faire le foot ou le rugby. Seul en milieu scolaire, et encore jusqu’en 3eme seulement, parcequ’après les rangs s’éclaircissent salement (seule l’ « élite » de la profession prolonge en CDI), seul les cross scolaires arrivaient à l’époque à mobiliser des centaines de gosses de tout niveaux, dominés certes par ceux qui en avait fait leur sport principal

 

De cette époque je me souviens que sitôt passé le portail de l’école, je me précipitais sur mon sac de sport anonyme 1er prix, ni Nike, ni asics, pas même adidas et filait à pied, avec mon camarade Bachir au stade de la Piboulette à 2km de chez moi, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente, je ne me souviens pas avoir loupé un entraînement que nous pratiquions en short, les collants n’existaient pas encore ou du moins nous pensions à l’époque que c’était pour les filles, avec pour seuls artifices quand survenait l’hiver, un bon gros bonnet de laine et une paire de gants plus ou moins assortis …..

Notre entraîneur de l’époque, s’appelait Mr Lebrun ou Mr Brun, je ne sais plus vraiment, il avait des sourcils blonds, mais je pense qu’il était compétent ….. avec lui nous apprîmes sans le savoir vraiment à faire de l’endurance et de la VMA, a faire des diagonales de terrain, récup sur la largeur, a faire du travail en côte et du fartleck sans savoir si cela existait déjà …….. moi, lentement à mon niveau, je progressais, j’étais l’un des athlètes phare de mon club et je portais fièrement le maillot blanc et bleu écussonné du blason de la ville, certes, je n’étais qu’un tout petit phare dans l’immensité de l’athlétisme national mais cela suffisait à illuminer mon adolescence.

Bernard Rhodes parti du collège, j’étais devenu le champion de mon collège, mes places d’honneur aux divers cross de la région me permettait l’estime de certains professeurs autres que ceux de d’EPS qui aurait quand même préféré que je brille dans d’autres disciplines ……

J’étais la star de mon quartier et cela suffisait à soigner mon ego. Je n’avais d’autre ambition que celle de m’amuser, les entraînements ne furent jamais une contrainte et je m’appliquais à n’en louper aucun, pour être plus ambitieux il aurait peut être fallu que je naisse dans une cité plus défavorisé, proche de ses grandes banlieues Parisiennes ou bien des grandes villes, où certains clubs FFA fabriquent des champions sans se soucier des déchets.

Déjà à mon niveau, j’ai vu beaucoup de Minimes et de Cadets n’avoir jamais l’Espoir de le devenir, détruits par des séries de 15 x 400m sur une piste qui te flingue les tendons, petit à petit, tour après tour, comme à la fête foraine.

 

De cette époque, je me souviens aussi des cross dans la neige ou dans la boue, à cette époque où le cross country ne se pratiquait pas sur des hippodromes ou des bases de loisirs artificielles, avec des buttes artificielles elles aussi ….. je me souviens aussi du bon chocolat chaud que nous tendait les bénévoles à l’arrivée en décrochant le dossard cartonné en deux parties (une pour le chocolat, l’autre pour le classement), dossard à moitié illisible, effacé par la boue, la flotte, et nos larmes aussi quelquefois …… je me souviens de ces sprints dans la dernière ligne droite, car une place c’était une place, surtout pour le classement par équipe lors des joutes scolaires ……. Je me souviens de ces dimanches matins, où dans la nuit je partais à pied au lieu de rendez vous du bus qui allait m’emmener dans des villes, des villages, des bleds, des trou-du-cul du monde où jamais je n’aurais mis les pieds sans la pratique de se sport de Sado-Maso, ce sport où même quand vous le pratiquez sur routes on vous refuse des douches, voire même un vestiaire comme si vous étiez plus crade qu’un rugbymen après un match en Ecosse ou en Irlande ….. nous nous changions sous des tentes (luxe ultime quand il y en avait) les pieds dans la m……. boue car c’est toujours la saison des pluies (tout comme le Téléthon) …… mais quel bonheur après la course, de déplier l’aluminium ou se trouvait le morceau de poulet froid, la sous-cuisse, mon morceau préféré, le sandwich au jambon jamais assez gros pour satisfaire l’appétit qui nous tenaillait après course et le paquet de chips (tant pis pour la diététique), je pesais 43kg, pour 155cm et j’avais 14 ans les seuls 10/10 que j’avais à l’époque je m’aperçois aujourd’hui en relisant mon carnet de ….. santé que c’était au test de la vue, et même en EPS, jamais je n’avais eu la note maximale car en art m’avait on expliqué la perfection n’existait pas et de toutes façons, je n’étais même pas encore champion de France, ni même Régional, ni non plus Départemental (on y reviendra plus tard)….

Je me souviens aussi du linge propre et sec qui sentait bon la soupline bon marché, que nous mettions après nos ébats boueux, linge qui ne restait jamais d’ailleurs longtemps sec et propre, car insouciant du sport que nous pratiquions assidûment, passionnément mais en dilettante il restait après notre course celle des minimes, celle des Cadets, des Juniors et enfin des AS et pour passer le temps nous gambadions (récupération active) à droite et à gauche, sans oublier au passage d’encourager notre équipe cadette (la seule équipe du club), maintes fois auréolée au niveau régional, voire même inter-regional, ainsi que notre star locale, le Bernard Rhodes (déjà maintes fois cité précédemment, et qui n’avait rien d’un colosse du haut de ses 1m60, petit gabarit trapu ……) et le soir, harassé, exténué, lessivé nous rejoignions le bus dans lequel on aurait entendu une mouche voler et le vol du bourdon car certains (dirigeants) ronflaient forts.

 

Le lundi, c’était nettoyage des pointes et graissage des pas de vis et cirage à l’huile de je ne sais quoi pour les rendre plus souple, car aujourd’hui encore, je n’arrive pas à comprendre comment des centaines de milliers d’adolescents et notamment mon fils, arrive à prendre du plaisir à pratiquer un sport dans deux espèces de godillots, rêches, qui de septembre à Juin croupissent au fond d’un sac, dont même les docks martins de mon frère et les rangers que je portais à l’armée font figure de Gel Kayano à 150 euros la paire (avant les soldes).

Les pointes de l’époque n’avait rien de luxueux, c’était le 1er prix acheté a la boutique du sport de la ville, c’était d’ailleurs le seul modèle qu’il proposait, le choix était plus vaste au rayon crampon mais pour le cross c’est pas ce qui se fait de plus pratique, elles étaient bleues avec trois bandes blanches, il fallait en prendre soin m’avait expliqué Maman car ça coûtait quand même cher, surtout qu’il fallait acheter les recharges de 6mm à 30 mm selon l’état des terrains et qu’avec le coût de la licence c’était presque un investissement sur l’avenir et j’ai eu peur à un moment que tous les espoirs de la famille reposassent sur mes frêles ép….jambettes et je redoublai d’énergie à l’entraînement tout en m’économisant aux études (qui paraît il coûtent chères).

Les années passèrent ainsi de 1976 à 1980, je m’améliorais au fil des ans, au niveau départemental, j’étais l’éternel troisième devant ces deux monstres de l’athlétisme départemental qu’était Thierry Ludwig et Rachid Ben-Moussa qui se tapèrent la bourre pendant des années, tantôt l’un tantôt l’autre car l’athlétisme et tout sport individuel ont cette particularité d’être cloisonnée par paire d’années qui vous oblige à attendre d’être séniors pour enfin en découdre avec tout le monde …. Les podiums UNSS ressemblaient étrangement aux podiums FFA ou parfois, rarement quand même, des footballeurs ou anonymes venaient troubler la hiérarchie départementale voire même régionale. Les médailles commençaient à s’entasser, petit os que l’on agitait pour titiller notre motivation et peut être aussi pour certains notre vanité, je ne connaissait pas encore la course sur route qui en était en fait à ses débuts, avec ses guerres de religion, mais cela je ne le sut que des années plus tard et pour l’époque je m’en balançait royalement.

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