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La grande parenthèse 1984-1987

Episode 6

 

 

La grande parenthèse (1984-1987)

 

L’armée terminée, je rejoignais mes parents à Mazamet (mutation professionnelle pour un an), où je m’essayais à quelques footings sans conviction, le petit ressort était cassé, quatre mois peint en kaki à jouer les Rambo (Warrior), deux mois d’infirmerie à jouer les psychos pour obtenir mon billet de sortie, toute cette overdose de sport aussi peut être m’avait fait perdre la foi. Un peu comme Dieu, je ressentais comme un grand vide, comme l’impression de ne pas exister vraiment……… Je l’ai regretté bien plus tard quand j’ai su, que c’était le pays de Laurent Jalabert et de la montagne Noire et que pour courir c’était vraiment une bien belle région.

A cette époque je décidais de préparer le concours bi-annuel de préposé aux PTT, briefé comme une bête par mon frère qui avait passé celui du dessus (contrôleur je crois), j’appris à connaître tous les départements, chef lieux, préfecture et sous-préfecture et villes principales de notre beau pays, je maîtrisais le fameux tableau de calcul, j’avais selon mon coach 80% de chance d’être reçu et c’est sûrement pour cela que cette année là, à cause de sur-effectif, ils décidèrent d’en supprimer un et ça tomba sur moi ………..(ils supprimèrent un concours, pas un candidat, n’exagérons pas trop dans la paranoïa) ; n’ayant pas le courage d’entretenir mon capital 6 mois de plus, je laissai tomber ……

 

De retour à Caussade, commença pour moi une longue traversée du désert, parsemé d’incertitudes, j’étais complètement paumé, j’écoutais du Thiefaine (genre Alligator 427 …..) à longueur de journée, l’idée même du sport avait quitté mon esprit et même mon corps, plus je me cherchais et plus je m’enfonçais, et plus je m’enlisais moins je savais ce que je cherchais.

C’était l’hiver 85, il ressemblait étrangement pour moi à l’hiver 54, je me demandais ce que foutais l’abbé Pierre ….. il fit cet année là un froid de canard à ne pas mettre un S.DF. dehors même sous des tentes Décathlon, il neigea chez nous dans le sud comme il avait rarement neigé, le soir avec les copains qui m’apportait un du pain, un du pâté, l’autre du fromage, dans mon studio minable, nous délirions pas toujours tremens, autour d’un bon pétard à l’herbe qui fait rire ….. et nous sortions la nuit récupérer du bois pour faire fumer la cheminée même pas ramonée qui devait palier à l’insuffisance asthmatique d’un vieux radiateur électrique, incapable de réchauffer 15 mètres carrés avec plafonds à trois mètres …….

Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître ………….. la B.M, on y pensait même pas.

 

Dans un sursaut de lucidité je quittais Caussade pour Montauban afin de m’éloigner de mes copains d’infortune et suivre une formation qui devait me permettre par la suite de trouver une entreprise.

A cet époque je mangeais pas grand chose, même la vache enragée était trop chère pour moi, le stage me permettait de payer mon loyer et mes premières factures. Le studio n’était qu’une chambre de bonne, avec un coin cuisine et un bac à douche, c’est de cette époque qu’est né chez moi l’Amour (avec un grand A) pour les nouilles les pates, les spaghettis, macaronis et tout se qui finit en i et nous arrive d’Italie , elles ont été mon soutien journalier et aujourd’hui encore je leur en suit reconnaissant même après en avoir mangé jusqu'à l’écœurement et obligé de remettre ça lors des préparations Marathon.

Je me souviens encore partir le matin au travail, avec dans l’estomac un sachet de Mousline mâchouillé à l’eau plate, mais une fois au boulot il me fallait assurer, car il me fallait ce sacré C.DI.

 

Mon contrat en poche, ma vie s’améliora quelque peu, je renouai avec le sport, en pratiquant le ……….Rugby,

Après quelques entraînements, quelques petits footing le long du canal de Montauban et mes 55 kg environ à l’époque, on décida de me mettre ailier (3/4 aile on dit je crois), et ma mission consistait dès que j’avais le ballon à « courir le plus vite possible vers le drapeau jaune là bas en coin, et de repiquer vers le centre pour aplatir (surtout ne pas oublier) derrière la ligne nommé en-but. » (la deuxième phase était optionnelle, si je me contentais de la première c’était déjà pas mal). Un peu le genre Forest Gump avant l’heure ……

Il y a des choses enfouies au plus profond de nous qui ne s’oublie pas, chez moi ce devait être courir, comme on dit chez nous : « chassez le galop, il revient au naturel » … ce n’était certes pas le top niveau, mais petit à petit, après ma traversée du désert, je ressuscitais ….. (bordel, c’est quoi toutes ces références judéo-chrétiennes, moi qui est arrêté la religion en 3eme, lorsqu’en regardant les infos j’ai eu comme un doute ….) . Je me souviens de mon tout premier match, contre Septfonds, le 1er de la poule : 2 ballons, 2 essais (en coin) ….. Andy Warhol à dit je crois : «  A l’avenir, chacun aura son quart d’heure de célébrité mondiale », pour ma part ce fut ce jour là, mais l’exploit ne se renouvela pas, l’équipe renoua avec un schéma tactique qui lui ressemblait mieux, plus « bourrin » aussi : mêlée-sortie de balle-regroupement-castagne, et des scores qui ressemblaient à ceux du Basket (surtout pour nos adversaires) je passai des mi-temps entières à me faire les ongles et à relire l’ancien et le nouveau testament et surtout à apprendre du vocabulaire pas trop technique provenant des tribunes, mais de ballon, que nenni …… Je décidais donc, d’un commun accord avec moi même, de mettre fin à ma carrière rugbystique pourtant prometteuse aux premiers abords.

 

C’est à cette époque que je rencontrai Brigitte, celle qui allait devenir la femme de ma vie, nous travaillions ensemble dans la même entreprise. Moi le look plutôt baba-cool : cheveux longs, pull noir long aussi, écharpe au patchouli d’un violet lie de vin, et néanmoins fraîchement embauché (l’important ce n’est pas ce qu’il y a sur la boite, mais dans la boite ….)

Nous nous rencontrâmes sur un malentendu, lors d’un repas d’entreprise bien arrosé entre collègues, où je faisais du pied à une table, croyant que c’était elle (Brigitte), ou bien la table me faisait du pied et je pensais que c’était elle (Brigitte) ……. Enfin tout ça même aujourd’hui n’est pas élucidé, mais bon, 20 ans après on est encore ensemble c’est bien la preuve qu’inconsciemment ou pas quelqu’un faisait du pied à l’autre …….

Nous fondâmes un foyer, à deux, après avoir quitté mon duplex à 10 sous, puis rapidement je sentis que nous allions être trois………. et qu’on allait encore déménager les deux tréteaux et la planche de 12mm qui nous servait de table et qui nous faisait bien rire quand nous mangions à plein ……

Conçu au mois de Mai 1987, c’est sans doute le meilleur moment que je trouvai pour renouer avec l’amour de mes 12 ans, la course à pied.

Etais ce un signe intérieur d’équilibre retrouvé ?

Etais ce une fuite en avant, mais tout en restant sur place ?

Etais ce un regain de jeunesse, un signe d’immaturité ?

Une simple soupape de sécurité, une tumeur viscérale que l’on croyait guérie ?

Je pense qu’en fait, je redevenais moi même, ce petit garçon qui n’a jamais su resté en place,

Ce petit garçon qui avait toujours fait du sport, qui s’était épanoui dans le sport, dans la compétition …

Ou tout simplement parce que l’âne revient toujours à son picotin d’avoine.

 

J’achetais mes premiers Jogging Magazine, ma 1ere vraie paire de running à TOULOUSE : des Reebok bleu foncé avec un vrai débardeur de course offert, mon premier short de course léger et noir ……

Au bout de quelques mois, je signais une nouvelle fois à l’US.Montauban Athlétisme :

Octobre 1987, je faisais ma première vraie course sur route, la course des AS, la longue distance :

11,1km en 45’50 soit 4’07/km, j’étais dans le premier tiers, j’étais content de moi.

S’ensuivirent quelques cross country, les réflexes revenaient vite, le souffle aussi.

Point, à la ligne, fermez la parenthèse.

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