GR20 ....... Avec le recul ........ Etape N°1

Une fois le GR20 terminé, plusieurs mois après que reste il comme souvenirs ? En gros je me souviens d’avoir beaucoup marché, d’avoir beaucoup transpiré, d’avoir mangé à ma faim, d’avoir pu boire quand j’avais soif même si parfois l’eau était un peu tiède. D’être agréablement surpris par la présence d’une source sur certaines étapes (avant d’arriver à Onda, avant d’arriver à Matalza). D’avoir fait le plein à des ruisseaux même si c’est pas prudent, mais l’eau fraiche c’est tellement meilleur. D’avoir bu pas mal de Piétra ou de Colomba, d’avoir souffert en permanence de la brûlure des ampoules qui s’étaient salement creusées, le regret de pas avoir traversé de villages, de pas avoir vu des vrais gens, l’impression de n’avoir fait « que passer » même si on a échangé quelques mots sympathiques à chaque refuge : bergeries d’u Vallone où l’omelette était bien bonne, Manganu où le platas de nouilles étaient le bienvenu , Onda (ou la bière abonda)et Jean-Do, (ah sacré Jean-Do et ses lasagnes aux broccu) Prati où la serveuse était sympa, le pichet de vin était bien bon, Matalza où le gardien nous a parlé football et nous a dit tout le bien qu’il pensait de l’âne Pogba et de la manière dont il s’était fait arnaqué en signant son contrat ….

Je me souviens de journées rythmées sur un même tempo, lever à 5 ou 6h selon les étapes, évacuation de mes affaires hors de la tente par-dessus la tête à Kiki pendant qu’il en profitait pour enfin bien dormir pendant 30mn (il parait que je ronfle), petit déjeuner, sac à dos, enfilage douloureux des chaussures (ampoules), pipi, caca (pratiquement tous les jours), remplissage des gourdes, le départ, muscles engourdis, parfois ça grimpe d’entrée, j’ai chaud, je suis trop habillé, une heure après, j’ai bien fait de garder la veste, j’ai frais, je bois régulièrement, après chaque gros obstacle on s’arrête, des groupes se forment et se reforment pour quelques instant, tout le monde trouve dur, impressionnant par endroits, dangereux pour ma part, on mange un bout, on contemple, c’est grandiose, on sait pas qui a fait le tableau mais c’est un chef d’œuvre, les proportions sont énormes, nous tout minuscule au milieu de cette grandeur, il y a de quoi être fier quand on habite là-bas, et puis on repart …..

Les 4 premiers jours, on ne double pas d’étape alors au plus tard à 13h on a terminé, ça laisse le temps de bien récupérer. La première chose, c’est enlever le sac à dos et les chaussures et boire une bonne Pietra de 50cl et celle-là elle a le même gout que lorsque tu as fait des bétonnières toute l’après-midi en plein cagnard. Ensuite c’est payer son emplacement et marquer son territoire (non, on fait pas pipi) avec les affaires, on monte la tente et après on mange un bout quand même. Le reste de l’après-midi c’est lessive et sieste, on connait pas grand monde encore, depuis 4 jours que l’on se suit on commence à voir des têtes connues : Romain, Harry, Chloé, Conan, Mathilde et Antoine, Christian, Antoine et Guillaume ….. d’autres que l’on ne verra plus : l’allemande, le couple de retraités de Grenoble, les 2 jeunes de Lyon ….. Selon le flux la douche c’est quand on peut. 8 fois sur 10, elle sera froide, sans confort, une pointe en guise de porte manteau parfois. Au pire il y en a qu’une, au mieux on en a eu trois. Il faut parfois attendre 1/2h, jamais plus, en 10 jours j’aurai fait l’impasse qu’une fois à Prati, j’étais trop crevé je suis parti me coucher sans me laver, on avait bien mangé et bien bu ce soir-là…. Les toilettes, c’est pas pire que dans Trainspotting, c’est à la turc ou bien toilettes sèches, dans l’ensemble j’ai trouvé propre… Après tu soignes les petits bobos, tu ranges tes affaires, tu prépares pour le lendemain, vers 19h tu remanges et à 21h30 tu es au lit. En fait tu fais rien d’extraordinaire, tu vis au ralenti toute la journée, quand ça monte, quand ça descend, arrivé au refuge, tu as mal aux pieds, aux ampoules, alors tu te traines …. Mais une chose qui te laisse pas indiffèrent c’est le décor grandiose qui t’entoure, t’oppresse même parfois, cette sensation de liberté, d’être loin de tout mais plus proche des gens avec qui tu parles, de n’avoir rien et de ne manquer de rien, de rien faire mais de ne pas t’ennuyer….

 

 

Le premier jour c’était un peu bizarre :

Lundi 1er Aout Calenzana (275m) – Refuge d 'Ortu d'i u Piobbu (1520m) - D+ 1360m – environ 12km7h15 – 13h20 (6h avec les pauses : 4x15mn) – topo guide : 6h30Sac à dos : 16kg + 2 litres d'eau.

On était avec Gilles, Kiki, Hugo (17ans) et Léo (15ans), la journée avait en fait commencé vers 2h du matin où on avait failli mettre le feu au camping à Calvi. En pleine nuit, Brigitte (mon épouse) aperçoit des flammes à travers la toile de tente ….. moment de panique, tout le monde s’affole et sort dehors sauf Kiki qui croyait que c’était l’heure de se lever et qui préparait son sac à dos tranquillement. En fait le vent qui s’était levé dans la nuit, avait fait tombé le rouleau de papier essuie-tout de l’arbre, il avait roulé jusqu’au serpentin anti-moustiques qui finissait de se consumer et avait fini par embraser la bobine, juste sous la table de camping qui commençait à chauffer sérieusement … après avoir rassuré les quelques badauds qui s’était levé pour assister au drame auquel nous avions échappé nous sommes repartis nous coucher …..

Réveil 5h, tout le monde se réveille à son rythme, on déjeune ; Les ados comme d’habitude mangent pratiquement rien, on part juste pour une petite promenade de santé sur le GR20 avec 1300m de dénivelé positif pour la première étape ….. j’ai lu sur des forums que cette étape était une des plus dures, parce qu’elle était quand même assez longue (12km environ), toute en montée, vers la fin on commençait déjà à mettre les mains, à escalader parfois, il y avait cette fameuse tranchée où je les ai vu tous arrivé, un par un, assez éprouvé et Hugo et Léo s’allonger sous un arbre, à l’ombre, après s’être débarrassé de leur sac à dos.

J’ai le souvenir d’un début d’étape chaotique, les filles nous avaient laissé à 7h du matin devant l’église de Calenzanna, on avait fait quelques photos, j’ai mis mes 18kg sur le dos je n’ai pu me résigner à renoncer à certaines affaires, tout me semblait indispensable, on a fait des bisous-bisous, on s’est donné rendez-vous dans dix ans, même lieu, même place ….. non, ça c’est un texte sur lequel je travaille, on était gonflé à bloc et d’entrée : impossible de trouver cette fameuse source au point de départ (Sant Antone,) c’est avec juste une gourde (y avait pas de filles avec nous ?!?!) que j’ai attaqué le GR20 et j’étais pas trop de bonne humeur, à l’idée de mourir de soif dès la première étape….. ¾ d’heure plus tard, il fallait pas le louper le petit filet d’eau qui traversait le chemin, surement la fontaine d’Ortiventi,( si ça s’est une fontaine, je me demande comment sont les sources) on a tous fait le plein, il était à peine 8h environ, il commençait déjà à faire chaud, on a croisé Romain pour la première fois à la source, je m’en souvenait pas, il devait y avoir Harry surement aussi ?

On est monté, monté, au début c’était vert, il y avait des petits sapins, tout le monde était de bonne humeur et joyeux, et puis on a commencé à voir au loin les montagnes, c’est devenu rocailleux, on a atteint Bocca u Saltu à 1250m, on avait pris déjà 1000m de D+ et il y a eu ce premier passage de chaîne, en rappel, un petit passage de rien du tout, à peine 3 mètres, où je me suis vautré comme une m……. les mains glissantes, incapable de me pencher en arrière, je me suis laissé glisser le long de la chaîne en m’éraflant les jambes au passage, on était un petit groupe à cet endroit-là, certains qu’on avait rattrapé et d’autres qui nous avait rattrapé à leur tour et là je me suis dit que ce n’était qu’un début et que j’avais pas fini de me vautrer.

Gilou, souffrait en silence et nous a même fait une petite frayeur, il avait mal aux genoux et avait ressenti comme une décharge électrique, on a eu peur qu’il se soit claqué …. On est arrivé tant bien que mal au col Bocca à U Bazzichellu (1486m), derrière nous on voit encore Calvi, les plages, la mer, les parasols ….. oh oui, oh oui, fouette moi encore maîtresse …… mais Hervé Vilar avait raison Calvi, c’était fini, et comme je disais aux enfants en montrant mon crane : c’est Calvi ici (calvitie) …. On a de l’humour sur le GR …..

Les premières sensations désagréables, signes prémonitoires aux premières ampoules ont fait leur apparition, côté arrière talon gauche. Les Salomon en taille 42 c’était un poil trop grand et le laçage rapide c’est bien, mais c’est lâche (ah le traître !), ça lâche en fait, ça ne tient pas et il faut en permanence se tirer sur la ficelle (hummmmm) pour avoir un bon maintien de la chaussure, mais une fois que le mal est fait, le mâle à mal, j’ai du mal à trouver les mots pour vous décrire mes maux ….. bref on verrait cela plus tard, arrivé au refuge, lequel refuge on apercevait en face de nous, si près et pourtant si loin pour l’avoir lu et relu sur les forums, un immense fossé nous séparait nous deux, moi et ma fatigue, lui et sa quiétude. j’ai pensé un instant qu’on pourrait se la jouer à l’azimut avec Kiki comme autrefois, mais je me suis souvenu ….. le GR, les hélicos, des blessés …..

Vers la fin de l’étape, juste avant le refuge, il a fallu sacrement mettre les mains, juste avant la montée finale dans la tranchée aride, il était 13h20, on avait mis 6 heures en s’arrêtant plusieurs fois, le topo guide annonçait 6h30, pour un bizutage on s’en sortait bien mais on se sentait pas l’âme d’un guerrier Jedi encore pour doubler les étapes, nos forces s’étaient obscurcies et on était plus dans la farce obscure et pour certains c’était bien la guerre des étoiles …… sans aucun respect pour le matériel on s’est débarrassé de nos armures qu’on a jeté à nos pieds vaincus et on est allé quêté le Graal, en l’occurrence une bonne PIETRA de 50cl (les jeunes ont pris du Coca ou du Ice-tea, faut pas déconner avec les mineurs), la première d’une longue série. On est allé payer notre taxe de séjour, j’ai réservé un petit déjeuner pour le lendemain , on s’est fait baiser pour l’emplacement comme des néophytes, on a pris ceux qui nous tombaient sous la main, 200m en contrebas, loin du refuge, de la source et des sanitaires mais face au coucher de soleil, modeste ce soir-là de par la disposition des montagnes. Il faisait trop chaud encore pour planter la tente, on est allé s’allonger à l’ombre sous des arbres, Kiki à sorti le pain de mie, les sardines, le pavé de jambon (bref il a commencé à s’alléger) personne parlait de repartir, ni même de demain, le temps s’était comme arrêté, comme notre horloge mécanique des petits ressorts s’étaient cassés. Tout le monde s’est allongé, tout le monde à dormi, sauf moi, j’ai toujours l’impression que des fourmis me galopent dessus, que des mouches se posent sur moi, je les regarde tous les 4, le repos des guerriers.

Vers 18h on a planté la tente, on a occulté le sujet à savoir ce qui se passerait demain, c’était la première fois que je la sortais de l’emballage, on n’a pas trop galéré avec Gilou. Kiki et les enfants sont un peu plus hauts que nous. On sent la fraicheur qui commence à arriver un peu, je me décide à aller à la douche, ça tombe bien, il y en a qu’une ça m’évite un pluriel, par contre il y a bien des gens qui attendent, 4 personnes devant moi, une petite heure mais ça passe vite, l’eau est froide on ne s’attarde pas, on va à l’essentiel. Derrière moi un groupe parti à 8h ce matin est arrivé vers 16h, visiblement chacun son rythme sur le GR …… étirements tout en parlant, l’ampoule n’est qu’au stade 1,(20watt), il y a encore la peau mais je sais que là j’en ai pour 10 jours, le mal est fait, la bête est en moi. C’est mon tour, la douche est froide mais pas glaciale comme à certains refuges que l’on rencontrera. Mais elle est froide, tu te savonnes vigoureusement, le savon d’Alep ne mousse pas beaucoup, le rinçage n’en sera que plus rapide et je ressors avec la sensation d’être enfin propre et légèrement revigoré, c’est le premier round et je ne suis pas K.O, un peu égratigné aux jambes et une belle ampoule, si je m’incline ce sera aux points, avec les honneurs.

En sortant j’en profite pour faire la lessive de toutes les affaires que j’ai porté aujourd’hui, ça fait quand même un paquet de linge à étendre….. « Ça s’est vrai ça » ….. crie la mère Denis au lavoir d’en face …. Je rejoins les autres, visiblement petite discussion, je crois que Hugo et Léo vont arrêter le GR, demain ils prendront la liaison pour Bonifatu (2h30 de descente) et appelleront les filles pour les récupérer, ce sont des ados mais ils sont débrouillards. L’ambiance est morose, je n’ose pas trop demander à Gilles ce qu’il compte faire, on occulte le sujet. Il en a chié aujourd’hui mais demain sera un autre jour, une nuit de repos il pourra repartir, mais pourra il finir l’étape, car demain le final s’annonce terrible une descente d’une heure dans un pierrier interminable, j’ai peur pour son genou, il en a pris que deux et la promenade du début d’aujourd’hui c’est fini…. Je sors le Ricard de ma poche à miel, (une astuce pêchée sur le net) on se fait un petit apéro dinatoire avec les provisions de Kiki qui du coup vont devenir abondantes, car plutôt que de parier sur l’échec, Kiki avait misé sur la réussite des enfants à accomplir le GR et éviter surtout d’acheter trop de bouffe à des prix prohibitifs….sardines, gros saucissons, gros pavés de jambons de pays, au moins 8kg de bouffe et son sac à dos est moins lourd que le mien, sa tente fait 1 kg et lui ne s’embarrasse pas de superflu, technologie, pharmacie, frontale, tapis de sol ……

La nuit tombe petit à petit sur le refuge d’Ortu di Piobbu, il y a un petit vent et pas d’humidité le linge devrait pouvoir sécher durant la nuit. Derniers rayons de soleil, je ne sais pas trop quoi dire à Gilou et ce n’est que la première fois que je couche avec lui, on dit qu’il ne faut pas coucher dès le premier soir …..Nous pénétrons ….. dans la tente, la Colombus à deux portes, elle est assez spacieuse, mais bon elle fait 3 kg, avec mes 18kg et l’eau par moments c’était à l’arraché que je m’extirpais des cailloux, la tente en position basse quand il faut descendre parfois sur le cul, ça frotte, déjà que le sac à dos est haut par sa forme …. J’ai du mal à dormir, mais j’ai toujours l’impression de mal dormir en camping, toujours la sensation désagréable de bestioles qui me galopent sur le corps, le corps qui me démange …… je vois toutes les heures, à côté de moi, je ne sais pas si Gilou dort, s’il pense à demain, s’il a déjà pris une décision …… 2h du matin, 3h ….. enfin 6h, il faut se lever, c’est comme une délivrance …….

 

trail course randonnée tremolo82 corse GR20

2 votes. Moyenne 1.50 sur 5.

×